Échange avec Florian Carvalho

Propos recueillis par Stadion - Crédits photos : Stadion


Avec quelles ambitions comptez-vous vous lancer sur le marathon de Séville le 20 février ?

L’objectif est de se qualifier pour le championnat de cet été. Après, on n’a pas réellement les modalités de sélection qui sont sorties, comme souvent sur marathon, c’est ce qui est un peu embêtant. On ne sait pas réellement le chrono qu’on doit faire pour se qualifier, mais on a eu quelques échanges et ça serait vers moins de 2h14 pour les Europe, sachant qu’ils veulent y amener une équipe complète et qu’on va être beaucoup, à mon avis il faudra aller plus vite. Et pour les mondiaux, c’est 2h09’30. Donc l’objectif c’est de courir vers mon record. Ça serait bien de le refaire, voire de l’améliorer mais je ne vais pas forcément partir pour faire 2h09 comme à Paris, mais rester sur les bases de mon record, donc 2h10’30. Se qualifier et après on verra cet été. Au niveau de mon classement, ça va être compliqué. On sait très bien maintenant comment se passent les marathons. Après, je pourrais viser une place au niveau national, parce qu’on est quand même pas mal de Français donc ça va nous booster et ça va être un petit challenge.

On est cinq Français à courir à Séville, normalement, donc il y aura déjà une bonne partie de l’équipe qui sera présente. Il va déjà falloir marquer entre guillemets sa place, et marquer les esprits par rapport aux autres. Ça va être une bonne course normalement. Il y aura beaucoup de Français donc ça sera bien pour nous, pour nous donner des repères, pour s’accrocher, et se motiver. Parce que quand tu es le seul français sur un marathon et que tu commences à être dans le dur, s’il n’y a pas d’autres français ou pas d’autres objectifs auxquels se raccrocher, c’est compliqué de finir. Là, il y a tout qui sera rassemblé. Il faut faire un chrono pour se qualifier cet été, il y aura des Français dans la course donc il faut quand même montrer au sélectionneur que ça vaut la peine de te prendre toi plutôt qu’un autre, puis la densité de la course devrait être correcte et les conditions devraient être bonnes. Ça devrait être un beau marathon et tout sera réuni pour au moins faire une belle performance. Après, je suis préparé aussi bien que pour le marathon de Paris que je n’ai pas pu finir, mais est-ce que je prendrais autant de risques sur le début de course, je ne sais pas. Pour l’instant, on n’a pas trop réfléchi à tout ça, on a fait la prépa, et l’objectif c’est de se qualifier pour pouvoir faire un championnat cet été.

Votre préparation pour ce marathon s'est déroulée comme vous le souhaitiez

A part que j’ai attrapé la Covid pendant les fêtes, j’ai dû ralentir pendant quinze jours, mais sinon après oui, la forme est bien revenue dans le stage au Portugal, et ça s’est bien terminé. J’arrive avec beaucoup de sérénité sur la fin de la prépa, donc je ne suis pas effrayé par le marathon. Je ne me dis pas « il me manque quelque chose », « ça aurait été bien de pouvoir faire ça en plus », donc on va dire que ça s’est bien passé. Après, une préparation marathon qui se passe de A à Z super bien, c’est compliqué. Il faut savoir lever le pied et savoir s’écouter quand il faut, et savoir en remettre quand c’est nécessaire. On a plutôt réussi la chose. On pourra analyser après la course, et savoir, si ça craque, si c’est parce qu’il nous manquait quinze jours de prépa où on a dû lever le pied, ou est-ce que c’est autre chose etc.

Avez-vous une idée votre programme de compétitions après ce marathon ?

Après le marathon normalement, si l’équipe de cross court de Fontainebleau a besoin de moi, je ferais le championnat de France de cross. C’est trois semaines après, le 13 mars. C’est vraiment pour l’équipe, parce que personnellement, je ne viserai rien. Mais on donnera le meilleur. Après, l’objectif c’était de préparer la Coupe d’Europe du 10 000 m à Pacé le 28 mai. Mais surprise générale, les modalités de sélection qui nous avaient été communiquées, comme pour le marathon, finalement ce n’est pas ce qui a été publié sur le site de la Fédération. C’est-à-dire que le champion de France de 10 000 m de l’année dernière n’est plus automatiquement pris pour la Coupe d’Europe, donc ça nous oblige à courir le 16 avril. Ce n’était pas prévu, donc je ne sais pas. Parce qu’avec le marathon, refaire une prépa, sachant que ça ne fera même pas un mois de prépa avant le meeting de sélection, je verrais au moment venu. Soit je ferai la Coupe d’Europe à Pacé le 28 mai, soit je courais un 10 000 m ailleurs. Si je cours le 16 avril, il faut que je finisse dans les deux premiers pour être pris, donc ma participation à Pacé est loin d’être certaine. Mais le projet était de partir sur la coupe d’Europe de 10 000 m et de profiter de la vitesse acquise pour placer la prépa marathon derrière sur sept à huit semaines pour faire les championnats d’Europe à Munich en août sur marathon. Mais du coup, je ne sais pas. Déjà on va faire le marathon de Séville, et après on se posera les questions pour savoir ce que l’on fait, comment on va récupérer du marathon etc. Mais l’objectif c’était vraiment de faire la Coupe d’Europe, mais les modalités ont changé. Il faut être dans les douze premiers européens, soit sur 5000, soit sur 10 000 m. Donc ceux qui sont sûrs de participer à ce jour sont Yann Schrub, Morhad Amdouni et Jimmy Gressier. Même si Hugo Hay décide de faire le 10 000 m, vu les modalités qu’ils ont mises, il sera dans la sélection. Donc au final, il y en a déjà quatre qui sont sûrs de courir, et pour la course de sélection il reste deux places.

D’autant plus que Pacé vous réussit plutôt bien, cela fait deux ans de suite que vous gagnez le titre national sur 10 000 m, vous avez battu votre record l’année dernière…

Oui, j’aime bien l’ambiance à Pacé, j’aime bien le lieu, il y a une atmosphère particulière. Les deux fois où j’y suis allé, ça s’est très bien passé pour moi. Mais refaire un 10 000 m le 16 avril pour me qualifier, sachant qu’on m’avait dit que j’étais déjà quasiment qualifié, ce n’était pas prévu. Ma priorité c’est quand même de faire le championnat cet été. Mais ce qui est sûr, c’est que je ferai une préparation 10 000 m avant ma préparation marathon.

On a le sentiment que vous avez très rapidement réussi la transition entre la piste et la route. C'est aussi votre avis ?

Je pense que j’ai eu beaucoup de mal à faire la transition sur marathon, j’ai fait cinq marathons et j’ai dû en abandonner deux à cause de crampes, dont celui de Paris en octobre. Mais le chrono, sur ceux que j’ai réalisé, est plus que correct, donc ça fait une belle transition, c’est sûr. J’espère pouvoir réaliser mieux, je pense que je suis capable de faire mieux, mais j’ai quelques soucis à régler et à améliorer. On a travaillé dessus et on verra bien : les ravitos, le renforcement etc, pour éviter de cramper pour être en capacité de finir le marathon correctement. Après, finir un marathon correctement, j’entends bien que c’est compliqué, c’est difficile, on a mal partout, mais ne pas devoir ralentir parce que l’on sait que l’on va cramper sinon, ne pas avoir cet aspect de crampes comme j’ai eu à chaque fois quasiment. Sur semi-marathon, je n’ai aucun problème, j’arrive à exploiter mon potentiel à 100 %, je suis à chaque fois prêt et en forme. Sur marathon, même en forme, il y a un autre aspect que je ne gère pas trop et auquel je suis dépendant : les crampes aux ischios. J’ai retravaillé dessus au niveau du renforcement, j’ai adapté les ravitaillements en conséquence donc j’espère que je n’aurai plus ce soucis-là.


Comment jugez-vous le niveau français du marathon actuellement ?

Je pense que l’on n’a jamais eu un niveau de marathon aussi dense. On le voit bien, l’année dernière on a eu sept athlètes qualifiés aux JO. Même s’il y en a qui étaient un peu plus en retrait que d’autres, dont moi, mais ça fait longtemps qu’on n’avait pas eu sept athlètes capables d’être sélectionnés pour les Jeux Olympiques. C’est sûr que la nouvelle technologie y joue, on ne va pas se le cacher. Mais avant, si on avait trois athlètes qualifiés on était contents, là on est quand même sept, dont trois à 2h09, et un en 2h08’50, donc je pense qu’on a une belle densité et qu’on a moyen cet été d’aller chercher un bon truc aux championnats d’Europe. C’est une bonne génération, oui et non, parce qu’on n’est pas tous de la même génération, mais on a un beau potentiel sur l’équipe de France en marathon à aller peaufiner et améliorer pour les JO de Paris. De là à vous dire que quelqu’un fera une médaille en individuel à Paris, c’est un peu prétentieux, mais faire 2h08 ou 2h09, en fonction de la course c’est possible je pense. En tout cas on s’entraîne pour ça. On a des athlètes capables de tirer leur épingle du jeu comme Nicolas Navarro, finaliste aux JO. Je pense qu’il y en a un ou deux qui sont capables d’être dans le top 10 ou dans le top 12 aux Jeux de Paris. On va tout faire pour ça. Et tous les athlètes qui sont derrière et qui poussent vont nous permettre de s’en rapprocher.

Vous avez évoqué les nouvelles technologies. Vous voulez parler des chaussures à lame de carbone ?

Oui, tout simplement. Je pense honnêtement que ça fait gagner deux minutes sur marathon, on ne va pas se le cacher. Il n’y a plus les chocs. J’ai fait mon premier marathon en Adios basic, j’ai fait 2h12’50. Bon après, c’était mon premier. Mais à partir du 30e kilomètre, on a quand même bien mal partout, et à la fin de course, chaque foulée, tu sens bien les chocs. Avec la nouvelle technologie, au niveau de la mousse et du renvoi, les chocs sont divisés au moins par deux je pense. Et grâce aux chaussures carbone, on a une course qui permet de forcer un peu moins à chaque foulée. Tout ça mis bout à bout, ça permet d’être un peu plus frais à l’arrivée et dans les derniers kilomètres. Après, on finit quand même le marathon fatigué et épuisé, mais musculairement ça permet de rentrer dans le dur peut-être cinq ou six kilomètres plus loin. C’est toujours cinq ou six kilomètres de plus de réaliser en étant frais, et dans la tête ça fait du bien.

Vous avez rapidement évoqué les Jeux de Paris. Cela signifie que vous avez déjà la tête à 2024 ?

Je suis passé sur marathon pour les Jeux de Paris, pour finir ma carrière là-bas. Mon objectif a toujours été annoncé de finir ma carrière aux Jeux de Paris sur marathon. Après, je tombe dans une période où il y a beaucoup de personnes qui sont passées sur marathon, avec beaucoup de succès pour tout le monde donc tant mieux, ça rend le challenge encore plus beau et plus intéressant. Je vais tout faire pour y être. J’ai déjà fait les minima pour Tokyo, mais je n’étais que remplaçant, donc je veux être titulaire pour les Jeux de Paris, et je travaille dans ce sens-là depuis deux ans.

En parlant de fin de carrière, à 32 ans, vous cumulez 10 titres nationaux, sept médailles internationales et 32 sélections en équipe de France. Êtes-vous fier de votre carrière pour l'instant ?

Je suis fier de ce que j’ai accompli oui, parce qu’à la base j’adore ce que je fais. C’est une passion, et j’ai la chance de pouvoir en vivre, m’entraîner et exploiter mon potentiel à 100 %. Après, je ne vis pas grâce à l’athlé. Actuellement, je suis policier adjoint, donc c’est grâce au ministère de l’Intérieur. Je suis détaché pour pouvoir m’entraîner une bonne partie de l’année. C’est pour ça que je bénéficie d’un avantage par rapport à certains. Je suis fier parce qu’avoir fait 3’33 sur 1500 m trois fois, et réussir à faire 2h10 sur marathon, même si on dit 2h12 avec les anciennes technologies, je pense qu’il n’y en a pas beaucoup qui l’ont réalisé. Après, je suis fier mais je n’ai pas fait de l’athlé pour ça. Quand j’ai réalisé 3’33, je voulais faire mieux, et je n’ai pas réussi, même si je pense que j’étais capable de faire un peu mieux. Maintenant, l’objectif c’est de se rapprocher des 2h08 d’ici 2024, donc on travaille pour ça. C’est une satisfaction personnelle sur 1500 m d’avoir réussi à faire 3’33 trois fois, que je n’avais pas quand je faisais du 1500 m, où je voulais réaliser encore mieux. Pour l’instant, sur marathon j’ai fait 2h10’24, je sais que c’est un chrono qui est correct et qui est très beau, mais je n’ai pas encore cette satisfaction parce que je voudrais faire mieux. Donc je suis fier mais j’espère pouvoir encore m’améliorer. Pas sur 1500 m, ça c’est certain, je ne ferai plus jamais 3’33, mais par contre sur marathon j’espère faire encore mieux.

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